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Une politique migratoire inhumaine

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27.11.2021

Paul Grossrieder

Opinion

Différentes crises ont remis la problématique du droit d’asile au centre des préoccupations européennes. Mentionnons en particulier le cas afghan ainsi que la décision du Bélarus d’envoyer de force vers l’Europe des migrants kurdes, syriens et afghans, que les autorités polonaises refoulent violemment.

Les Occidentaux ont tenu des discours d’empathie à l’égard des victimes de ces crises, mais sans envisager de réelles solutions. Dans les faits, l’Europe – Suisse comprise – a fait beaucoup pour empêcher les Afghans d’arriver sur le continent. Cela met une fois encore en lumière les limites de la politique d’accueil de l’UE. Celle-ci s’attache avant tout à fermer ses frontières aux réfugiés en mettant d’énormes moyens pour externaliser le contrôle migratoire à des pays tiers comme la Turquie ou la Libye. Trois milliards d’euros ont été versés à la Turquie pour qu’elle ferme ses frontières, et des millions à la Libye pour que ses gardes-côtes arrêtent les migrants en mer et les ramènent dans des centres de détention où se pratique la torture. En juin, le Danemark est allé jusqu’à voter une loi «zéro réfugié» qui autorise à renvoyer dans des pays du sud tout demandeur d’asile.

On ne répétera jamais assez que, selon l’ONU, 90% des réfugiés subsahariens sont accueillis par les pays africains. En 2018, l’Union africaine a adopté un «Protocole de libre mouvement», une initiative plus ouverte que la politique forteresse de l’UE.

Le scandale est que l’UE, réputée pour être un continent d’accueil, renonce désormais à ses valeurs humanistes, prétendument parce que l’Europe n’est plus à même d’y rester fidèle, car elle assimile les étrangers à un poids démographique et à un fardeau économique. Se basant sur ces mauvaises raisons, elle viole la Convention de Genève (1951) sur les réfugiés qui interdit le refoulement de toute personne craignant d’être persécutée du fait de sa religion, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques. En 1956 et en 1968, les réfugiés hongrois et tchécoslovaques ont été généreusement accueillis. Pourquoi? Parce qu’on était en pleine guerre froide et qu’il y avait un intérêt politique à accorder l’asile à des personnes fuyant un pays communiste pour décrédibiliser cette idéologie. Aujourd’hui, il n’y a pas d’intérêt politique à accueillir des Afghans, par exemple.

La politique migratoire européenne révèle ses limites. Nos dirigeants font fi du fondement du droit d’asile qui est l’humanité des personnes à la recherche d’une protection. Les demandeurs d’asile sont pour la plupart gravement atteints dans leur dignité humaine, mais on semble l’ignorer. Ces personnes que l’on refoule sont des personnes comme nous et on leur refuse l’asile. Cette attitude est moralement condamnable, car elle est inhumaine et dénuée de toute solidarité envers nos égaux.

Certes, la mise en œuvre du droit d’asile est complexe, mais cette complexité ne doit pas servir de prétexte pour le bafouer. Un partage du fardeau pourrait être organisé au nom de nos valeurs humaines: on sauverait par exemple des femmes afghanes de leur enfer.

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