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Economie: Cremo lâche les crèmes à café

Le groupe laitier fribourgeois a confié à Emmi le mandat de produire ses petits godets, qui continueront à être vendus avec son logo. Raison invoquée: un trop faible chiffre d'affaires pour justifier d’investir dans une nouvelle installation de production.

Les crèmes à café en portion de Cremo sont désormais produites par Emmi. © Charles Ellena-archives
Les crèmes à café en portion de Cremo sont désormais produites par Emmi. © Charles Ellena-archives

Thibaud Guisan

Publié le 12.06.2024

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Cremo abandonne un produit emblématique. En pleine restructuration, le groupe laitier fribourgeois renonce à la production de crèmes à café, effectuée sur son site de Villars-sur-Glâne. Emmi a reçu le mandat de remplir ses petits godets qui continueront à être vendus avec son logo, a appris La Liberté.

Directeur général de Cremo, Ralph Perroud confirme une décision effective depuis peu. «Notre machine devenait obsolète. Au vu du faible chiffre d'affaires généré par ce produit, il ne valait pas la peine d’investir dans une nouvelle installation. Il y a des choix à faire», assume le responsable, en indiquant que les ventes de crèmes à café en portion génèrent moins de 10 millions de francs, sur un chiffre d’affaires de plus de 500 millions de francs. «Depuis le Covid, nous constatons une baisse de la consommation dans la gastronomie. Les chiffres sont en recul.» En 2010, Cremo remplissait 1,2 million de godets par jour.

Fabrication à Emmen

Contacté, Emmi ne donne pas d’indication sur les volumes. Le groupe lucernois, numéro 1 de l’industrie laitière suisse, précise que la fabrication a démarré début juin sur son site d’Emmen (LU). «Nos installations ultramodernes nous permettent de produire des portions de crème à café pour de nouveaux clients», indique sa porte-parole Simone Burgener.

«Cela fait partie des synergies entre les groupes laitiers»
Ralph Perroud

A Villars-sur-Glâne, la ligne de production sera démantelée prochainement. Pour le reste, Cremo assure qu’il n’y aura pas d’impact sur l’emploi. «Le personnel concerné est affecté à d’autres tâches. Nous avons une quarantaine de postes à repourvoir. Nous sommes davantage à la recherche de collaborateurs qu’en phase de réduction de personnel», relève Ralph Perroud, à la tête d’un groupe employant environ 730 collaborateurs.

La ligne de production de Villars-sur-Glâne sera démantelée prochainement. © Charles Ellena-archives

Cremo ne juge pas problématique de confier du travail à son principal concurrent. «Cela fait partie des synergies entre les groupes laitiers. Il y en a toujours eu, et cela va continuer à se faire», estime Ralph Perroud, qui indique que Cremo a également repris en sous-traitance des activités d’autres transformateurs, dont Emmi et les Laiteries réunies de Genève. «Il y a des collaborations dans le domaine du lait. Nous nous posons aussi des questions avec les yogourts.» Emmi confirme: «En raison d’un manque actuel de capacité et pour réduire les pics, nous avons temporairement sous-traité une petite partie du remplissage du lait de consommation à Cremo.»

Assortiment sous la loupe

Chez Cremo, l’abandon de la production de la crème à café en portion (la crème à café en bouteille n’est pas concernée) intervient dans un contexte de repositionnement. Dans le cadre de CAP 2027, un vaste programme de redressement lancé l’an dernier, qui doit générer au moins 23 millions de francs d’économie en trois ans, l’entreprise passe au peigne fin son portefeuille de produits. «Notre réflexion a bien avancé. Quelques produits vont être supprimés, car ils ne génèrent pas de chiffre d'affaires ou de rentabilité. Le but est de décomplexifier notre manière de travailler», indique le directeur général.

En décembre dernier, quatre mois après son entrée en fonction, Ralph Perroud avait confié que 30% des produits généraient 50% du chiffre d’affaires de Cremo. En mai, lors de la présentation des résultats 2023, le directeur général avait ajouté que 45% de l’assortiment n’assurait que 2% du chiffre d’affaires du groupe. «Cela représente plus de 200 articles. Une septantaine se trouve en queue de peloton», précise le directeur général.

Pour rappel, Cremo a enregistré l’an dernier une perte de 20,3 millions de francs, soit le quatrième déficit d’affilée et le sixième résultat négatif en sept ans. Alors que le secteur des transports est externalisé depuis le 1er mai, le groupe, qui a fermé ses usines de Steffisburg (BE), Lucens et Lyss (BE) entre 2021 et 2023, analyse aujourd’hui sa plateforme de distribution Petit Crémier. Cette entité, qui emploie une centaine de collaborateurs, déploie ses activités depuis quatre sites, la base de Steffisburg ayant fermé en 2023.

Dans un autre registre, le conseil d’administration de Cremo a enregistré trois arrivées en juin, lors de la dernière assemblée générale. Gabriel Yerly et Philippe Bulliard ont remplacé Mireille Hirt-Sturny et Yves Nicolet, comme représentants de la Fédération des sociétés fribourgeoises de laiterie, actionnaire principal de l’entreprise. De son côté, Max Stalder, représentant de la Fédération laitière valaisanne, actionnaire minoritaire, est relayé par Markus Knuesli Amacker. Ce dernier occupe le poste de directeur financier ad interim de Cremo, avant l’entrée en fonction d’un nouveau titulaire en août.

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