La Liberté

«S’il y a une limite, il faut la dépasser»

Depuis qu’ils sont en chaise roulante, Bastien, Julie et Sébastien abordent la vie différemment

 

Bastien Murith parle peu des obstacles rencontrés pendant une simple balade en ville, pourtant ils sont multiples. © Charly Rappo
Bastien Murith parle peu des obstacles rencontrés pendant une simple balade en ville, pourtant ils sont multiples. © Charly Rappo

Zoé Lüthi

Publié le 19.08.2021

Temps de lecture estimé : 5 minutes

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«Alors, ça roule?» Sébastien Repond, goguenard, interpelle un ami. En un saut, son fauteuil roulant passe la marche de la terrasse sans encombre. Mais ce n’est pas toujours le cas. Les communes, les clubs, les associations et les groupes de personnes ont jusqu’au 30 septembre pour déposer un dossier au Service de la prévoyance sociale du canton de Fribourg afin de bénéficier d’un soutien financier pour un projet visant l’inclusion des personnes en situation de handicap. Pour Bastien Murith, Julie Wuillemin et Sébastien Repond, ces initiatives représentent un véritable plus.

Depuis leurs accidents, tous les trois ont besoin d’une chaise roulante et doivent s’adapter à leur nouvelle situation. «Tu dois tout réapprendre comme un enfant dans ton nouveau corps», explique Bastien Murith, 26 ans. Un challenge que ce sportif, ancien skieur actif en compétition, a accepté en quelques jours, répétant son mantra: «S’il y a une limite, il faut la dépasser.» A force d’acrobaties dans les couloirs du centre de rééducation, le Morlonais a pu être à l’aise rapidement avec sa chaise.

Des habiletés variées

Julie Wuillemin, 25 ans, a eu plus de difficultés. «Au début, je n’arrivais pas à admettre que ma situation serait permanente.» La Vaulruzienne connaît ensuite quelques mois très difficiles, jusqu’à ce qu’elle trouve sur internet des clubs de fauteuils roulants et de handisport. Aujourd’hui, elle se sent mieux. La jeune femme aime quand même s’asseoir hors de son fauteuil dès qu’elle le peut, pour plus de confort, mais aussi pour en éviter l’image connotée négativement.

«Tu dois tout réapprendre comme un enfant dans ton nouveau corps»
Bastien Murith

Mais il serait faux de résumer les paralysies au fauteuil. La partie la plus visible du handicap est, d’après nos trois interlocuteurs, la plus maîtrisable. Les douleurs fantômes, les sondes urinaires et les soins quotidiens sont plus difficiles à apprivoiser. Mais chaque personne paraplégique ou tétraplégique a des habiletés particulières en fonction du type de dommage subi par les différentes vertèbres.

Sébastien Repond, Riazois de 39 ans, peut par exemple se lever facilement. «Il y en a pas mal qui ont mouillé leurs chaussures en sursautant quand j’arrive pour utiliser l’urinoir!» se souvient-il en riant. Equipé d’attelles, il peut même marcher quelque temps. «Il triche!» plaisante Bastien Murith. Le Morlonais est tétraplégique, ses mains sont aussi partiellement touchées. Il n’a pas les mêmes possibilités que Sébastien Repond: «Si je suis seul et que j’ai un problème avec ma chaise, je suis mort», explique-t-il. Mais de ses problèmes, il en parle très peu. Pourtant, en marchant à ses côtés une dizaine de minutes, on voit la rue différemment. Caniveaux, pavés, trottoirs en dévers, monticules de neige…

Grâce notamment à l’Association suisse des paraplégiques, nos trois interlocuteurs peuvent échapper aux embûches supplémentaires des transports en commun en conduisant des voitures adaptées.

Ils ont aussi tenu à travailler, même à temps partiel. Julie Wuillemin et Sébastien Repond ont d’ailleurs longuement insisté pour avoir gain de cause. La jeune femme a finalement pu terminer sa formation d’infirmière. Sébastien Repond, autrefois paysagiste, est en passe de devenir maître socioprofessionnel, après avoir lutté pour trouver un lieu de formation accessible. Bastien Murith a quant à lui trouvé un poste chez Swiss-ski. Chaque matin, leurs réveils sonnent bien avant ceux de leurs partenaires, puisqu’il leur faut en moyenne deux heures pour se préparer: le prix de l’autonomie.

Grâce à ses amis et aux associations dédiées, Julie Wuillemin a déjà pu tester une quinzaine de sports: ski nautique, vélo, badminton, unihockey, basket, kayak… Sébastien Repond a repris le parapente et a même fait quelques soleils en ski-bob. Il attend impatiemment d’essayer le kitesurf. Bastien Murith a aussi pu reprendre le ski avec plaisir: «C’était important pour moi de me retrouver dans le sport.»

Des accès difficiles

Se sentir intégrés sans être infantilisés leur permet à tous les trois de mener des vies bien remplies, malgré certains obstacles. Plus d’accessibilité ne serait toutefois pas un luxe, puisque même des bâtiments des autorités sont parfois difficiles d’accès, comme le remarque Sébastien Repond: «Ça se voit lorsqu’il n’y a personne en chaise aux réunions et que personne n’a demandé l’avis des personnes concernées.»


Soutien pour les projets inclusifs dans le canton

Le Service de la prévoyance sociale propose un soutien financier pour les projets qui visent l’inclusion des personnes en situation de handicap dans des activités et manifestations culturelles, sportives ou récréatives. Un montant total de 80 000 francs est prévu par le plan de mesures établi pour 2018-2022, à hauteur maximale de 10 000 francs par projet. Les activités doivent encourager les interactions entre personnes handicapées et non handicapées et porter sur le long terme ou toucher un grand nombre de personnes.

Le Covid-19 a retardé ce premier appel d’offres. Pour l’heure, ce sont essentiellement des associations culturelles, sportives ou de soutien aux personnes en situation de handicap qui ont soumis des demandes. Après la date limite de dépôt des dossiers, fixée au 30 septembre, un jury étudiera les propositions. Le futur plan de mesures 2023-2027 prévoira de nouvelles aides pour les projets inclusifs, d’après Nicole Oswald, secrétaire générale à la Direction de la santé et des affaires sociales. ZL

 


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