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Plus fort que Neil Armstrong !

L’article en ligne – Critique série » Dans le pharaonique catalogue de Netflix, il est possible de trébucher sur d’authentiques petites perles. Le nouvel effort de Richard Linklater, « Apollo 10/2  Les fusées de mon enfance » en fait partie. 

Le jeune Stan, pris entre quotidien banal et aventure spatiale ©Collider
Le jeune Stan, pris entre quotidien banal et aventure spatiale ©Collider

Yvan Pierri

Publié le 16.05.2022

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Curieux objet filmique que ce Apollo 10/2 :  les fusées de mon enfance ! Livré sur Netflix par le champion méconnu du cinéma indépendant américain Richard Linklater, Apollo 10/2: Les fusées de mon enfance est un film où le cinéaste texan s’aventure pour la troisième fois, après les expérimentaux Waking Life et A Scanner Darkly, dans le terrain de l’animation rotoscopique. Cette technique consiste à dessiner sur des prises de vues réelles afin de créer un résultat unique à l’écran. S’il reprend un procédé qu’il semble désormais pleinement maîtriser, Linklater délaisse les expérimentations parfois oppressantes de ces deux premiers essais animés pour nous conter une poétique et douce fantaisie autobiographique sous forme de relecture historique.
Apollo 10/2 suit l’atypique parcours du jeune Stan, un enfant des banlieus pavillonnaires de Huston qui, en 1969, est choisi par la Nasa pour tester un prototype de fusée dont la capsule de pilotage est malencontreusement trop petite pour un astronaute adulte. De ce loufoque point de départ qui aurait pu donner lieu à un film d’aventure spatiale grand-public, Richard Linklater préfère y voir un prétexte pour parler de l’histoire de son pays, de l’époque qui l’a vu grandir et du paradoxe qu’auront été les années “baby boomers” aux Etats-Unis. Entre l’optimisme technologique des années 60 et le quotidien oppressant de la Guerre Froide, entre conformisme matériel et contre-culture hippie, Linklater se sert de la conquête spatiale comme d’une matrice pour comprendre ce que fut une certaine idée de l’Amérique du 20ème siècle.
Là où le cinéaste aurait pu faire preuve d’un excès d’ambition avec un tel projet, il a l’intelligence de se limiter au point de vue du jeune Stan qui, au moyen d’une voix-off aussi omniprésente qu’hilarante, ne cesse d’observer avec un recul ironique les petites habitudes quotidiennes chamboulées par le grand événement que fut l’alunissage. Le traitement de ce dernier est en cohérence avec le reste du long métrage, à la fois poétique et anti spectaculaire, montrant finalement comment un événement historique peut être dilué dans la banalité du quotidien. C’est surtout dans le traitement du banal et de l’attendu qu’Apollo 10/2 : Les fusées de mon enfance trouve son intérêt.  La description des jeux de cours de récréation, les activités familiales, les programmes de télévision, les films d’horreur au cinéma et, surtout, les personnages qui composent la famille de Stan sont le cœur de cette fable autobiographique. Le style d’animation confère d’ailleurs une grande humanité aux différents personnages grâce au naturalisme que le procédé rotoscopique amène tout en laissant une impression d’artificialité, d’hyperréalité qui caractérise les souvenirs d’enfance, forcément lacunaires et en partie reconstruits. 
En somme, Apollo 10/2 : Les fusées de mon enfance se révèle être une douce petite bouffée d’air frais qui cache une fenêtre vers une époque révolue, à la fois violente, complexe, torturée et passionnante, stimulante et créatrice de fantasmes. Paradoxe toujours… 
 

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