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Le monastère, un lieu hors du temps

Deux étudiants du cours de liturgie s’entretiennent avec la professeure Cardelle de Hartmann au sujet d’un manuscrit. © Lise Schaller
Deux étudiants du cours de liturgie s’entretiennent avec la professeure Cardelle de Hartmann au sujet d’un manuscrit. © Lise Schaller
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27.07.2021

J’ai testé pour vous! » Notre chroniqueuse raconte une journée avec les moines de l’abbaye d’Einsiedeln. De quoi se dépayser, juste la porte à côté.

Quand on est passionné d’histoire, on rêverait de se plonger pour une journée dans son époque préférée. Mais le rêve ne quitte habituellement pas le domaine de la science-fiction, et c’est sûrement mieux ainsi. Il arrive cependant qu’une fenêtre s’ouvre sur le passé. Ce fut le cas en juillet à l’abbaye d’Einsiedeln, où nous nous sommes rendus avec une classe d’étudiants en latin médiéval. Au programme: étude de quelques anciens manuscrits de l’abbaye, discussion avec un moine et écoute attentive des vêpres en latin.

L’endroit est étonnant. Bien que l’abbaye soit proche de la nature, elle est en bordure de la civilisation, au point d’accueillir des élèves en son sein. On s’amuse du contraste: les collégiens rient dans les couloirs, claquent la porte des toilettes, tandis que Père Justinus partage avec nous son opinion sur la conservation ou non de certains psaumes incitant à la violence dans la liturgie des Heures.

Nous nous plongeons dans les manuscrits, dont un énorme bréviaire pesant au moins 5 kg et quelques précieux codices vieux de plus d’un millénaire qui ont été offerts à l’abbaye par sa consœur bénédictine de Saint-Gall. On y trouve des ratures, des commentaires dans les marges et des fils de couleur cousus sur certaines pages pour réparer une fissure. Je souris en imaginant le moine qui, grommelant, a dû corriger les fautes de copie.

Mais il est temps de ranger les précieux livres: on va bientôt sonner les vêpres. Depuis la pandémie de Covid-19, les vêpres sont retransmises en live sur le site internet de l’abbaye. Comme quoi, le tout-en-ligne a même atteint les églises. J’essaie de comprendre le contenu de l’office du jour mais l’exercice s’avère plus difficile que prévu: les moines scandent les vêpres rapidement, telle une litanie, sans faire de pause. On les aperçoit à travers le grillage qui sépare le chœur du reste de l’église.

Une fois les vêpres terminées, nous sortons de l’église, direction la gare. Dans le train, je sors mon smartphone et vérifie que j’ai une photo potable pour mon article. Le monde change vite, tandis que les moines et leur culture sont toujours là. Et c’est troublant. Lise Schaller

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