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L'affaire Oussekine

L’article en ligne – Critique série » La plateforme Disney+ a sorti en mai dernier une série sur l’affaire Oussekine. Une série extraordinaire à ne pas louper. 

Malik Oussekine n'était qu'un jeune étudiant, amateur de jazz, non-politisé, qui s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. © Disney+
Malik Oussekine n'était qu'un jeune étudiant, amateur de jazz, non-politisé, qui s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. © Disney+

Elsa Rohrbasser

Publié le 02.06.2022

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Paris, novembre 1986. Les étudiants de la capitale manifestent depuis plusieurs semaines contre un projet de réforme universitaire. La tension monte au fil des jours entre les étudiants et le gouvernement. Le mois de décembre débute, et le climat ne cesse de se dégrader entre les deux parties : afin d’éviter un nouveau Mai 68, un important dispositif policier est déployé dans la Ville Lumière afin de represser les étudiants fauteurs de trouble. Et dans la nuit du 5 au 6 décembre, ce qui n’aurait jamais dû arriver arriva : un étudiant pris en chasse par des policiers à moto –dits « voltigeurs »¬– meurt tragiquement sous leurs coups. Cette histoire, c’est celle de Malik Oussekine, 22 ans, étudiant français d’origine algérienne. Si elle refait surface aujourd’hui, c’est grâce à la plateforme Disney+ qui a fait de ce drame une mini-série de quatre épisodes, diffusés en mai 2022. 

Lorsque la série apparaît au sommet de la page d’accueil de Disney+, je m’interroge. Oussekine. Ce nom ne me dit rien. Quelle affaire ? De quoi parle-t-on ? Le synopsis est simple : « Dans la nuit du 5 décembre 1986, Malik Oussekine, 22 ans, meurt sous les coups de la police. Alors que la machine étatique se met en marche sous les ordres de Robert Pandraud (ministre délégué à la Séc, la famille Oussekine comprend vite qu’elle va devoir se battre pour obtenir justice et faire éclater la vérité. » Je me lance dans le premier épisode, et je ne décrocherai pas. J’ai dévoré ces 4x50 minutes d’un coup. 

Une série sans pathos

La série, bien qu’elle traite de la mort de Malik, se déroule finalement au cœur de la famille Oussekine. Il y a les frère, Mohamed et Ben Amar, les sœurs, Fatna et Sarah, le père, Miloud et la mère, Aïcha. Une famille touchante, protectrice et digne malgré un parcours de vie pavé d’obstacles. Entre racisme et injustices, la famille Oussekine a tout fait pour s’intégrer au mieux dans une France à tendance xénophobe. Sarah dira d’ailleurs, au moment de choisir si Malik serait enterré en France ou en Algérie, que son frère s’est toujours senti français : il ne parlait pas arabes et voulait se convertir au catholicisme. Malik Oussekine n'était qu'un jeune étudiant, amateur de jazz, non-politisé, qui s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment, à la merci de policiers violents, abusant de leur pouvoir et, sans aucun doute, racistes. 

Durant les quatre épisodes qui composent la série, on découvre à la fois quelques bribes du passé familial, le déroulement de la nuit du 5 décembre et ses lendemains. Les lendemains, c’est la nouvelle de la mort de Malik apprise par Sarah à la radio, c’est l’annonce à Aïcha que son plus jeune fils est mort assassiné, c’est la colère des étudiants, c’est le procès à l’encontre de deux des trois policiers impliqués dans l’affaire, et les menaces subies par la famille Oussekine tout au long de ce dernier. La série nous emporte, nous émeut et nous frustre : la réalité n’est pas satisfaisante, le verdict est effarant. « Oussekine » traite d’une violence inouïe sans abuser d’images de cette violence. Elle n’est pas voyeuriste, les protagonistes jouent sans pathos, ce qui donne à la série une force et une puissance extraordinaire malgré sa sobriété. A voir absolument. 
 

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