La Liberté

22.06.2021

Broye: un pyromane en série face à ses victimes

L'Institut équestre national d'Avenches avait notamment été pris pour cible par le pyromane en juillet 2017 (archives). © KEYSTONE/CHRISTIAN BRUN
L'Institut équestre national d'Avenches avait notamment été pris pour cible par le pyromane en juillet 2017 (archives). © KEYSTONE/CHRISTIAN BRUN
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22.06.2021

Le Tribunal pénal de la Broye s'est penché mardi sur le cas d’un pyromane de 25 ans ayant provoqué une dizaine d’incendies dans la région durant l'été 2017. Ses actes ont entraîné la mort de 79 animaux de rente et des centaines de milliers de francs de dégâts.

Ce procès hors normes s’est ouvert mardi matin devant le Tribunal pénal de la Broye, délocalisé à Granges-Paccot (FR) pour l’occasion. Sur le banc des accusés: un homme de 25 ans actuellement détenu à la prison centrale de Fribourg. Dans la salle: une douzaine de journalistes, une vingtaine de spectateurs et de représentants des parties plaignantes, une dizaine de représentants du système judiciaire et trois policiers.

Ce jeune homme est jugé pour avoir allumé une dizaine d’incendies dans la Broye entre le 9 juillet et le 5 août 2017. Il les nie tous à une exception près.

Selon l'acte d'accusation, il a d'abord bouté le feu le 9 juillet à son propre immeuble puis, le 15 juillet, il a incendié successivement deux champs de chaume, une ferme, l’école de poneys trotteurs de l'Institut équestre national d'Avenches (VD), une machine agricole et une balle de paille. Le 29 juillet, il s'est attaqué à une ferme, un parking souterrain et une étable. Enfin, le 5 août, il s'en est pris à un immeuble, ce qui lui vaudra d’être arrêté ce même jour.

Ce Vaudois, originaire de Langnau (BE), est prévenu d’incendie intentionnel, d’incendie intentionnel mettant en danger la vie ou l’intégrité corporelle d'une personne, d’explosion, de dénonciation calomnieuse, d’induction de la justice en erreur, de diffamation et de délit contre la loi fédérale sur la protection des animaux.

Le prévenu avait d’abord accusé à tort deux de ses connaissances d’être à l’origine des feux. Ses actes ont provoqué la mort de 13 chevaux, 11 poneys, 36 taureaux, 13 vaches et 6 veaux. Les dégâts se montent en centaines de milliers de francs.

Victimes traumatisées

Ce bilan aurait pu être plus grave sans l’intervention des pompiers qui, lors du premier incendie, avaient évacué les 28 personnes vivant dans l'immeuble du prévenu.

Quelques-unes des victimes ont témoigné mardi. Certaines ont parlé de leurs enfants hantés par des cauchemars récurrents, comme ce jeune papa qui a raconté que son garçon de 4 ans se réveillait chaque nuit à 2h50 depuis le drame. Un paysan a évoqué pudiquement "le traumatisme de voir un outil de travail, bâti par ses parents et grands-parents, partir en fumée en une nuit". Une femme a confessé débrancher toutes les prises avant de quitter son domicile, ne plus pouvoir toucher une allumette et être angoissée par les alarmes.

Trahi par son téléphone

A l’issue d’une enquête de trois ans, l’accusé a été confondu par son téléphone portable, qui a montré des activités physiques en pleine nuit au moment de plusieurs incendies, mais aussi par divers témoignages, des traces ADN ainsi que des images de vidéosurveillance.

Deux expertises psychiatriques ont été diligentées à son encontre. La première a mis en lumière des troubles envahissants du développement, une tendance pathologique à allumer des feux, des troubles mentaux et des troubles du comportement dus à la consommation d’alcool.

Selon ce document, la responsabilité du pyromane était moyennement diminuée au moment des faits et les risques de récidives sont modérés.

Le feu comme "ultime recours"

Selon les experts, bouter le feu serait devenu l’ultime recours du prévenu pour soulager ses tensions internes, nées notamment d'un conflit relationnel avec son amie.

La seconde expertise a conclu à des troubles mixtes de la personnalité à traits immatures et dyssociaux. Elle a aussi mentionné des carences intellectuelles à la limite du retard mental ainsi que des comportements s’approchant de la psychose lors d'un stress important.

Le procès de cet homme, qui a arboré jusque-là un visage fermé, se poursuit jusqu'à mercredi. Le verdict pourrait tomber le 28 juin.

ats

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